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La fréquentation des espaces sensibles

Les actions qui ont retenu notre attention
5 min

La gestion des flux touristiques dans les espaces sensibles, une question universelle.

Interdire, limiter ou détourner l’attention. Pas de formule magique mais des expérimentations testées ici & là afin de répondre à une problématique vieille comme le tourisme. Devant l’urgence de trouver des solutions, tour du monde des initiatives locales radicales ou plus douces, pour un avenir souriant

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Fréquentation des espaces sensibles 1

Sanctuariser un lieu en interdisant tout simplement son accès.

Cette solution, la plus radicale pour restaurer la faune et la flore ou protéger un patrimoine, a été fortement médiatisée ces dernières années. L’exemple le plus connu est sans nul doute « the beach », la plage de Maya en Thaïlande. En juin 2018, devant l’urgence de la situation, les autorités interdisent purement et simplement son accès pour une durée de 6 mois. 3 ans et demi plus tard, le 1er janvier 2022, la plage rouvre enfin. Pour ne pas retomber dans les mêmes excès, les flux sont encadrés et cadrés : ouverture de 10h à 16h, limitation à 375 touristes par créneau, réservation de créneau d’1h, accostage à l’opposé de la plage, baignade interdite. Plus proche, la plage de l’île Vierge sur la presqu’île de Crozon dans le Finistère, décor idyllique dont l’accès est interdit depuis mai 2020 pour raisons de sécurité et de sur-fréquentation. Un parti pris des autorités difficile à faire respecter quand la presse et les prestataires continuent d’utiliser son image comme étendard

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Fréquentation des espaces sensibles 2

Choisir de maintenir ouvert, de limiter, de gérer plutôt que de promouvoir.

C’est en 2017, année proclamée du Tourisme Durable pour le Développement par les Nations Unies, que Venise lance une grande campagne #enjoyrespectVenezia. Un manifeste en 12 points appuyé par des contrôles in situ pour une meilleure expérience de la ville, parmi lesquels : ne pas s’asseoir dans les lieux touristiques, ne pas s’attarder sur les ponts, ne pas circuler à vélo dans le centre ancien, ne pas pique-niquer hors des lieux prévus mais aussi une incitation à consommer local et artisanal, à découvrir des sites moins connus. L’interdiction des navires de croisière au 1er août 2021 vient compléter la pacification de la sérénissime. Et à l’été 2022, un quota d’excursionnistes (visiteurs sans nuitée) sera établi et une taxe leur sera appliquée. A la dune du Pilat, on mise sur un ensemble de mesures pour limiter le flux de visiteurs et encourager les mobilités douces : fréquentation du parking en temps réel, accès gratuit pour les visiteurs arrivant en bus, à vélo ou à pieds, incitation à visiter aux heures creuses… Cap sur l’Ouest américain où la région montagneuse de Jackson Hole invite les visiteurs à ne pas géotager leurs photos, ou plus exactement à le faire de façon suffisamment large pour ne pas être identifiés précisément. Cette campagne soutient un positionnement éco-responsable déjà très engagé, bien résumé par « Tag Responsibily, keep Jakson Hole wild ». Retour en Europe, à Amsterdam, où le fameux « I amsterdam » a été déménagé du Museumplein en centre-ville vers un parc à l’extérieur de la ville car il attirait trop de visiteurs/instagrameurs, aujourd’hui la priorité est à la gestion de la ville et aux locaux. Interdiction des « beerbike », ces vélos à bière véritables grappes de touristes assoiffés, réglementation stricte des logements Airbnb, interdiction d’implanter de nouvelles boutiques touristiques, priorité aux locaux pour réinvestir les commerces du centre-ville et

pour enfoncer le clou, des campagnes de promotion adaptées valorisant uniquement des lieux moins connus.

Zoom sur Le Pic du Midi

Malgré les jauges une fréquentation estivale au rendez-vous. 

Le succès des destinations françaises et celui de la montagne ont profité au Pic du Midi qui affiche une fréquentation en hausse à l’été 2021.

Si la capacité du téléphérique (depuis la Mongie) a été réduite, les visiteurs ont été mieux répartis sur la période et la journée ; et les autres voies d’accès dont la randonnée ont rencontré un grand succès. Les chiffres d’affaires cumulé des activités proposées sur site (bar, snack, boutique, hôtel) sur la période estivale est également en progression.

Détourner l’attention. 

Les itinéraires bis sont de retour ! Si aujourd’hui l’itinéraire bis permet toujours d’éviter les bouchons, l’idée est plutôt de prendre le temps, d’aller dénicher des pépites hors des stars du tourisme qui souffrent de leur célébrité. Les territoires s’en emparent et tâchent de mettre en lumière une offre moins connue qui ne souffre pas de sur fréquentation, quitte à rayer de la carte (et des brochures !) certains sites. Jean-François Rial, pdg de Voyageurs du Monde et Président de l’Office de Tourisme de Paris insiste sur ce point « l’erreur c’est de penser qu’il faut parler de la Tour Eiffel… Il faut agir à contre-courant, particulièrement auprès de la clientèle de proximité qui a encore plus besoin d’inédit que la clientèle internationale ». Le challenge ADN Tourisme a, quant à lui, choisi cette année de travailler sur les territoires insoupçonnés avec pour objectif d’initier et valoriser l’élaboration d’offres touristiques favorisant la régulation des flux, les mobilités douces et l’éco-responsabilité. Si la géolocalisation sur les réseaux sociaux s’est révélée une véritable menace pour certains sites, c’est peut-être de là que peut venir une partie de la solution. Ainsi Waze et la Région Sud expérimente des propositions d’itinéraires alternatifs aux touristes pour délester les sites les plus fréquentés à certaines périodes de l’année ou à certains moments de la journée.

Si le photographe Martin Parr a encore de la matière pour réaliser ses célèbres clichés, il y a de l’espoir pour une approche plus raisonnée et plus durable de l’aménagement touristique et de la promotion des espaces naturels sensibles !

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Karine Tramier
Karine
Tramier
Responsable Tourisme durable
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